17 avril 2020

De Joëlle Mezza
Comédienne de la Troupe Ouïe-Dire And Co
Pièce travaillée : Le misanthrope, de Molière
Personnages : Philinte et Arsinoé

L’énergie est peut-être un peu moins au rendez-vous ce soir. On vient d’apprendre qu’on en reprend pour un mois… Certain-e-s marquent le pas avec pudeur. D’autres affichent le “beau fixe”. De toute façon, on ne le saura jamais vraiment.

Évidemment, la séance de théâtre fait toujours effraction dans le quotidien de tout d’un chacun. Chacun-e arrive avec son paquet plus ou moins lourd de la journée et le laisse précautionneusement à la porte. Il-elle vient même là pour pouvoir le laisser à la porte. Il-elle le retrouvera à la sortie, avec la sensation que quelque chose s’est allégé.

Mais en ce moment comment ne pas évoquer notre lot commun ? Isolement majeur pour certain-e-s, côtoyer la maladie pour d’autres, jongleries épuisantes pour soutenir 3 vies en parallèle pour d’autres encore (le travail, les enfants, la vie de famille), l’inquiétude du lendemain, le devenir de la petite entreprise…

On en reprend pour un mois, alors il faut imaginer des façons de se réinventer. Ce soir, on expérimente la parole sans l’image. Du vrai théâtre radiophonique. La lecture au cœur de la nuit, au cœur des alcôves, quand tout dort ou presque.

Quand j’étais enfant et qu’il m’arrivait d’écouter des pièces de théâtre à la radio, j’imaginais toujours un comédien seul dans une pièce noire.

Tout est dans l’écoute, les respirations, les silences.

Lecture parfois atone, poussive, plate, trop scolaire

Ode à la metteure en scène, qui, telle une cheffe de meute, entraîne sa troupe un peu essoufflée :

Vas-y ! Mords les mots! Allez, go! Schla!

Exhortation. Énergie décuplée. C’est sans doute la même que d’habitude, mais elle est plus prégnante à mon oreille, face à la fixité des images et des corps.

Il nous faut un moment pour renouer avec une lecture vivante, investie.

Peu à peu, le miracle du théâtre opère. Les mots décollent, jouent dans l’oreille. Les corps s’animent par-delà les sons. Je perçois les intentions.

Bonne nuit! A la semaine prochaine.

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